NON, le coronavirus n’a pas été créé en laboratoire !

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Suspicion récurrente dans les théories complotistes autour du virus SARS-CoV-2 : la présence d’un laboratoire de type P4 à Wuhan, ville où est apparu le virus. D’après les controverses conspirationnistes, le SARS-CoV-2 se serait répandu à cause d’une chauve-souris sur laquelle on aurait effectué des tests et qui se serait ensuite échappée… Et l’Institut Pasteur y serait lié… C’est totalement faux. Quatre choses à retenir :

  • Le coronavirus n’a pas été créé par l’homme.
  • Le laboratoire de type P4 de la ville de Wuhan, ville où est apparu le virus SARS-coV-2, n’a rien à voir avec l’Institut Pasteur de Shanghai (IPS).
  • Cette rumeur n’a aucun lien avec les anciens travaux de l’Institut Pasteur (Paris) sur SARS-coV-1, précédent coronavirus apparu en Chine en 2002-2003.
  • La vidéo conspirationniste qui circule actuellement sur le web est totalement fausse

Explications

1 _ Le coronavirus SARS-CoV-2 n’a pas été créé par l’homme

Un article scientifique, publié le 17 mars 2020, réfute complétement l’idée d’une manipulation par un laboratoire. Dans cette étude, les chercheurs examinent ce qui peut être déduit de l’origine du coronavirus SARS-CoV-2, à partir d’une analyse comparative des données génomiques. Ils décrivent les caractéristiques notables de son génome et discutent des scénarios par lesquels elles auraient pu se produire. Leurs analyses montrent clairement que le SARS-CoV-2 n’est pas une construction de laboratoire ou un virus délibérément manipulé.

The proximal origin of SARS-CoV-2, Kristian G. Andersen, Andrew Rambaut, W. Ian Lipkin, Edward C. Holmes & Robert F. Garry. Nature Medicine (2020)

2 _ L’Institut Pasteur de Shanghai (IPS) n’a pas travaillé sur les coronavirus dans le P4 de Wuhan qui dépend d’un Institut chinois

La collaboration scientifique avec la Chine sur les pathogènes les plus dangereux (dits de classe 4, c’est-à-dire ne pouvant faire l’objet de recherche que dans des laboratoires ultra-sécurisés, dits P4) et les virus émergents s’inscrit dans le contexte d’un accord franco-chinois en matière de prévention et de lutte contre les maladies infectieuses émergentes, signé à Pékin le 9 octobre 2004. Elle s’inscrit aussi dans la logique du règlement sanitaire international de 2005, postérieur à l’accord, qui sanctuarise le principe de confinement à la source dans la lutte contre les maladies infectieuses.

Cette coopération intergouvernementale a conduit :

  • D’une part, la construction du Laboratoire national de haute sécurité biologique de Wuhan (laboratoire P4) sur le campus de l’Institut de virologie de Wuhan (IVW).
    Placé sous l’autorité d’un comité de pilotage franco-chinois au sein duquel l’Institut Pasteur ne siège pas, les activités de ce laboratoire P4 sont sous la responsabilité d’un directeur chinois, nommé par les autorités chinoises.
  • D’autre part, la création de l’Institut Pasteur de Shanghai (IPS), centre de recherche qui dispose d’un statut particulier au sein de l’Académie des sciences de Chine (IPS-CAS).
    L’IPS dispose d’un système de gouvernance basé sur un conseil d’administration et un conseil scientifique paritaires, le premier co-présidé par le directeur général de l’Institut Pasteur et le second présidé par M. Kourilsky, professeur honoraire au Collège de France, et ancien directeur général de l’Institut Pasteur.

Le laboratoire P4 a bien été conçu et construit avec l’aide de la France, dans le cadre de l’accord de coopération de 2004. Mais l’Institut Pasteur de Shanghai (IPS) est bien un institut franco-chinois autonome et disctinct.

Concernant les prétendus travaux de l’Institut Pasteur de Shanghai (IPS) sur le coronavirus

Dès l’émergence du nouveau coronavirus respiratoire à Wuhan, et conformément à son mandat, l’Institut Pasteur de Shanghai (IPS) a joué son rôle de plateforme de coopération franco-chinoise pour aider à mieux comprendre et appréhender l’évolution de ce nouveau virus, publiant, dès les premières semaines, un article sur la structure tridimensionnelle du virus. Les experts scientifiques ont par ailleurs proposé leurs services au China CDC ainsi qu’à l’Institut de Virologie de Wuhan pour venir prêter main forte aux équipes sur place, mais ils n’ont pas été sollicités.

L’IPS n’a aucun projet actif ni au sein du laboratoire P4 de Wuhan, ni même au sein des P3 de Wuhan !

L’IPS a donc apporté son soutien actif aux autres instituts de la région Asie (Hong Kong, Laos, Cambodge essentiellement) et s’est mobilisé pour participer à la préparation des pays les plus exposés (y compris les instituts Africains).

3 _ L’Institut Pasteur (Paris) a bien réalisé des recherches en France sur un précédent coronavirus (SARS-CoV-1), qui n’a rien à voir avec SARS-CoV-2 responsable du Covid-19 !

L’Institut Pasteur (Paris) a bien réalisé des recherches en France, entre 2002 et 2004, sur un précédent coronavirus (SARS-CoV-1), responsable de l’épidémie de 2003. L’institut a d’ailleurs inventé un candidat-vaccin, en 2004, contre ce SARS-CoV-1.

La construction du laboratoire P4 de Wuhan a débuté en 2011 et il a été inauguré en 2017. Soit plus d’une dizaine d’années après la déclaration d’invention brandie comme preuve dans la vidéo complotiste.

Source : https://www.pasteur.fr/