StopCovid : tout savoir sur l’application qui piste les contacts

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Depuis le 11 mai, la France est entrée dans la phase de déconfinement. Afin de prévenir une seconde vague de contamination au Covid-19 et un second confinement, le gouvernement a pris plusieurs mesures pour protéger les citoyens. L’une d’elles est StopCovid, une application mobile qui détecte les contacts de l’utilisateur avec d’autres personnes et signale si l’un des contacts est porteur du coronavirus. En voici tous les détails.

Début avril, plusieurs personnalités politiques françaises s’exprimaient à propos du développement d’une application mobile destinée à établir la liste des personnes croisées par les Français et à signaler s’ils ont été en contact avec une personne porteuse du coronavirus. Un projet validé par le Président de la Républiqueet soutenu par plusieurs ministres, dont Olivier Véran, ministre de la Santé, et Olivier O, secrétaire d’État au numérique, qui ont tous deux évoqué le projet dès le 8 avril 2020. L’application s’appelle StopCovid.

Cinq jours plus tard, le 13 avril, lors de son allocution télévisée, Emmanuel Macron a confirmé le développement de l’application mobile dans le cadre du déconfinement progressif de la France qui débutera le 11 mai. Et ce même si elle fait dès lors polémique, notamment en matière d’efficacité et de sécurité des données personnelles. Assurant que tout serait mis en œuvre pour protéger les informations sur les utilisateurs, il ajoute que l’application permet d’améliorer la prévention face aux risques de contamination.

Vous retrouverez dans ce dossier, toutes les informations à savoir sur l’application StopCovid, notamment son rôle et son fonctionnement afin que vous puissiez décider, le plus sereinement possible, de l’installer ou non sur votre smartphone quand elle sera disponible.

StopCovid, qu’est-ce que c’est ?

StopCovid est une application pour smartphone. Elle est compatible iOS et Android. Elle s’appuie sur le standard Bluetooth (que vous utilisez déjà pour connecter votre téléphone à une enceinte interactive, une montre connectée ou un casque sans fil, par exemple). Et elle sert à déterminer si vous avez été en contact avec une autre personne grâce au standard Bluetooth.

En collectant des informations de contact, elle permet non seulement de remonter un chemin d’infection si un utilisateur se déclare malade, mais également de prévenir toutes les personnes croisées par les personnes contaminées en leur conseillant de se faire tester et de s’isoler.

Le développement de l’application est géré par l’INRIA (Institut national de recherche en informatique et automatique). Une demi-douzaine de sociétés collaborent dans ce projet : Capgemini, Dassault Systèmes, Lunabee Studio, Orange, Nodle et Withings. À ce panel, il faut rajouter trois agences gouvernementales : l’ANSSI, l’INSERM et Santé Publique France. Un autre groupe, incluants Thales, Atos ou encore Accenture, est également évoqué.

StopCovid

Quel est le but de StopCovid ?

Le but de l’application StopCovid est double. Le premier objectif est de déterminer le chemin de contamination du coronavirus. Le chemin de contamination est le trajet parcouru par le virus grâce aux personnes contaminées. Celles-ci, présentant ou non des symptômes, transmettent le virus aux personnes proches. Et ainsi de suite.

Le second objectif, qui poursuit la mission du premier, est de prévenir l’utilisateur s’il a été en contact avec une personne qui aura indiqué qu’elle est porteuse du virus. Si c’est le cas, l’application invite l’utilisateur à rester chez soi, isolée, pour ne pas infecter d’autres personnes, contacter un médecin en visioconférence afin de se faire prescrire un test. Grâce à ce dispositif, le gouvernement espère casser les chaînes de contamination. En outre, les malades seront pris en charge plus rapidement, puisque leur contamination sera connue plus en amont.

Comment fonctionne StopCovid ?

L’application StopCovid fonctionne de façon similaire à Coalition, une application lancée aux États-Unis pour tracer les contacts. Le fonctionnement de StopCovid se divise en deux volets. Le premier volet est la détection des autres citoyens dans un périmètre proche. Le second volet est le rapprochement entre une personne déclarée malade (ou porteuse du virus) et une personne saine.

Examinons d’abord le premier volet. L’application StopCovid, une fois activée, recherche le téléphone des personnes à proximité géographiquement. Un contact est enregistré quand la personne se trouve à proximité (et si elle est dotée d’un smartphone équipé de l’application).

Pour qu’un contact soit enregistré dans l’application, la distance maximale doit être de 1,5 mètre. Selon l’entreprise chargée de la conception de la partie Bluetooth de l’application, le calcul des distances en s’appuyant sur le Bluetooth est assez précis jusqu’à 2 mètres. Soit une distance supérieure à celle utilisée pour enregistrer un contact.

L’application ne s’appuie pas sur les briques technologiques (ou API) d’Apple et Google. En effet, le gouvernement français n’a pas signé d’accords avec les deux géants américains et a choisi le protocole Robert, conçu par l’INRIA. Cela veut dire qu’il existe une contrainte technique : le contact n’est pas enregistré par l’application si le smartphone perçu est un iPhone et que ce dernier est verrouillé. Néanmoins, Cedric O, le secrétaire d’État au Numérique, affirme que StopCovid va simplement contourner les limitations d’Appleet « fonctionnera très bien » sur iPhone.

Une fois activée, l’application fonctionne en arrière-plan et sollicite en permanence la connexion Bluetooth du smartphone. Cela veut dire que l’application va avoir une incidence sur l’autonomie du smartphone. Selon le concepteur de la partie Bluetooth de l’application, StopCovid consomme entre 0,5 % et 3,5 % de la batterie, selon la capacité de cette dernière.

Passons à la deuxième partie : l’alerte. Une fois qu’un contact a été enregistré par l’application, l’information est transmise à un serveur sécurisé. Si un utilisateur se déclare contaminé, le système récupère l’ensemble des contacts enregistrés sur une période de 14 jours et procède à l’envoi de notifications génériques aux personnes croisées, les invitant à s’isoler et demander un dépistage.

StopCovid

Quelles sont les données collectées par l’application ?

Les données collectées par l’application sont anonymes. Quand deux smartphones équipés de StopCovid se connectent l’un à l’autre par le biais du protocole Bluetooth et confirment la proximité de leurs propriétaires, ils échangent des informations. Chaque application émet un identifiant aléatoire. Cet identifiant est sauvegardé avec l’heure. La géolocalisation n’est pas sauvegardée, car elle n’est pas utile pour déterminer un chemin de contamination. L’application n’a pas besoin d’une connexion GPS ou GSM permanente.

Les contacts réalisés (associés aux identifiants aléatoires anonymes) sont transmis à un serveur sécurisé quand une connexion Internet est disponible. C’est ce serveur qui recherchera les personnes d’un chemin de contamination si une personne se déclare malade. Et c’est lui également qui enverra le message générique aux personnes croisées par le malade. Aucune information sur l’identité du malade ne sera transmise aux destinataires des alertes.

Quand l’application sera-t-elle disponible ?

La date de publication de l’application n’est pas encore certaine. En effet, les développements sur l’application ne sont pas encore terminés à l’heure où nous écrivons ces lignes. Initialement, l’État souhaitait que l’application soit prête dès la première phase du déconfinement qui démarre le 11 mai. Mais plusieurs défis technologiques et politiques ont freiné son développement.

Le gouvernement espère qu’elle sera disponible dès le début de la deuxième phase, laquelle démarrera le 2 juin 2020. Avant cette date, StopCovid sera en phase de test. Selon le secrétaire d’État au numérique, une version fonctionnelle devrait être présentée au gouvernement avant le 11 mai, date du début du déconfinement. Une phase de test « en conditions réelles » sera effectuée durant les semaines de la première phase.

Notez que StopCovid devrait également faire l’objet d’un débat parlementaire d’ici son lancement. Ce débat, qui doit aboutir à un vote, a été reporté une première fois par le gouvernement français, parce que l’application ne fait pas l’unanimité, même au sein de la majorité présidentielle. Il y a un risque que les députés et sénateurs bloquent son déploiement.

Est-il obligatoire de l’utiliser ?

Non, il ne sera pas obligatoire d’installer et d’utiliser StopCovid pour profiter du déconfinement. Dès le départ, le gouvernement a insisté sur le fait que l’usage de StopCovid sera soumis au volontariat. Vous choisissez si vous voulez l’installer.

Ce choix est logique, car une partie de la population ne pourra pas l’utiliser, même si elle était rendue obligatoire. En effet, 23 % des Français ne sont pas équipés d’un smartphone. Ces derniers profiteront donc du déconfinement comme tous les autres Français, sans pour autant utiliser l’application.

Il y a également une autre raison qui contraint les autorités à cette approche volontaire. Comme a permis de le souligner la proposition hasardeuse d’un député LREM rendre StopCovid obligatoire ou octroyer des avantages à ceux qui l’utilisent serait contraire au RGPD et va à l’encontre de l’avis de la CNIL sur cette question.

En outre, les utilisateurs déclarent volontairement leur infection au Covid-19. Aucune information ne sera récoltée auprès des médecins ou des services médicaux. C’est le volontariat qui prévaut ici aussi pour construire le chemin d’infection. C’est donc la bonne volonté des utilisateurs qui détermine l’efficacité du dispositif.

Loupe Espion Monde

Pourquoi StopCovid fait-elle polémique ?

L’application StopCovid fait polémique pour deux raisons. La première est le doute sur sa réelle efficacitéà alerter et prévenir les citoyens. La seconde est la protection des données personnelles. Deux points importants soulevés non seulement par de nombreux experts, qui se sont exprimés contre dans une lettre ouverte, et des associations telles que la Quadrature du Net.

L’efficacité de l’application est remise en cause pour plusieurs raisons. D’abord parce que le protocole Bluetooth n’a pas été conçu pour calculer des distances entre deux appareils. Une adaptation de la technologie est donc nécessaire. Mais cela ne garantit pas qu’elle ne génèrera pas de faux positifs (ou qu’elle n’oubliera pas d’enregistrer un contact).

Ensuite, le fait qu’elle n’utilise pas les API de Google et Apple bloquera l’enregistrement de certains contacts, notamment ceux dont l’iPhone sera verrouillé. Enfin, tout le système est basé sur le volontariat, notion rappelée à maintes reprises. Une personne doit être volontaire pour installer l’application et l’utiliser. Elle doit également l’être pour signaler sa contamination. Si le nombre d’utilisateurs volontaires est trop faible, tout le système sera inefficace.

En outre, la protection des données personnelles est remise en question. D’abord, les informations transmises entre les smartphones sont-elles bien anonymes ? Le protocole d’échange est-il crypté pour éviter les vols d’information ? La sauvegarde des contacts est-elle bien protégée ? L’application en elle-même est-elle suffisamment sécurisée ? Et quid du serveur qui va emmagasiner l’ensemble des informations pour les croiser et en ressortir les chemins de contamination ? Voilà quelques-unes des nombreuses interrogations d’experts en sécurité informatique. Et ce même si la CNIL (Commission nationale sur l’informatique et les libertés) a donné son feu vert au projet, après avoir montré un certain scepticisme.

Source: http://www.phonandroid.com