La règle d’un ou deux mètres de distance physique est « obsolète », d’après une étude

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Des chercheurs révèlent que cette règle oublie de prendre en compte d’autres facteurs importants, comme la ventilation des lieux ou l’intensité des prises de parole.

Un ou deux mètres de distanciation physique pour lutter contre le Covid-19, une règle obsolète ? Une étude publiée cette semaine dans la revue médicale BMJ révèle qu’il faut plutôt adapter les mesures à la situation, selon la ventilation des lieux ou le fait qu’on y parle plus ou moins fort, par exemple.« La distanciation physique ne doit être vue que comme l’un des pans d’une approche de santé publique plus large », écrivent les auteurs de ces travaux.

Selon ces experts de l’Université d’Oxford (au Royaume-Uni) et du MIT (Massachusetts Institute of Technology, aux Etats-Unis), ces règles « sont fondées sur une approche dichotomique et dépassée de la taille des gouttelettes respiratoires ».

« Science obsolète »

Les auteurs de l’étude font donc valoir que la distance d’un ou deux mètres conseillée selon les pays est basée sur « de la science obsolète ». Cette règle, établie pour d’autres maladies infectieuses, trouve selon eux ses origines dès le XIXe siècle, et a été réaffirmée dans les années 1940.

Elle prend pour point de départ l’existence de grosses gouttelettes salivaires qui tombent au sol après avoir été exhalées par le malade, par opposition aux aérosols, fines particules qui restent en suspension. On sait que les premières sont responsables de la transmission du Covid-19, et on suspecte les deuxièmes de l’être aussi.

Les goutelettes projetées lors d’un éternuement peuvent aller jusqu’à 7 ou 8 mètres.Les goutelettes projetées lors d’un éternuement peuvent aller jusqu’à 7 ou 8 mètres.

Cependant, selon les auteurs de l’étude, cette « dichotomie » entre grosses gouttelettes et aérosols est artificielle : quelle que soit leur taille, la distance qu’elles peuvent atteindre dépend fortement d’autres facteurs, à commencer par les flux d’air.

De « multiples facteurs » à prendre en compte

D’après les chercheurs, il faut au contraire prendre en compte un ensemble de facteurs pour déterminer si la distance d’un ou deux mètres conseillée par les autorités sanitaires est suffisante, insuffisante, voire superflue dans les situations les moins « à risque ». Ils formulent des « recommandations graduées qui reflètent mieux la combinaison des multiples facteurs déterminant le risque ».

L’étude invite donc à considérer la ventilation et la densité d’occupation des lieux, le temps d’exposition, le port ou non du masque ou encore le niveau sonore auquel parlent les personnes présentes : en effet, plus il est élevé, plus elles expulsent loin des gouttelettes salivaires potentiellement chargées en virus.« Cela offrirait une meilleure protection dans les situations les plus à risque, mais aussi une plus grande liberté dans les situations les moins à risque, ce qui permettrait potentiellement un retour à la normale dans certains aspects de la vie économique et sociale », détaillent les chercheurs, qui ont établi un tableau recensant différentes situations, à risque ou non.

Par exemple, dans un endroit bien ventilé où la densité de population est élevée, le risque est faible si les gens portent un masque, parlent sans crier et restent sur les lieux peu longtemps. Le risque augmente en revanche si les personnes crient ou chantent (même avec un masque et même sur une courte période). Et il devient élevé si elles n’ont pas de masque. Le tableau montre notamment que la mauvaise ventilation d’un endroit clos est un facteur de risque majeur, que les personnes présentes portent un masque ou non.

Les chercheurs invitent à prendre en compte d’autres facteurs que la distance. Capture d’écran étude BMJ.

Source: http://www.nouvelobs.com