Covid-19 : les cinq idées reçues sur les vaccins qu’on entend partout

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Les vaccins contre le Covid-19 suscitent encore beaucoup d’inquiétude et d’hésitation, lesquelles ne sont pas toujours fondées. L’Express vous propose de démêler le vrai du faux.

Une infirmière prépare une seringue de vaccin Pfizer-BioNtech, le 31 mai 2021 à Garlan (Finistère)
afp.com/Fred TANNEAU

La campagne de vaccination contre le Covid-19 continue d’avancer en France. Un palier a été franchi cette semaine : plus de 30 millions de personnes – 31,9 millions au 18 juin – ont reçu au moins une dose de vaccin, soit près de la moitié de la population, d’après les chiffres de Santé publique France. Le Premier ministre Jean Castex a déclaré viser 35 millions de Français complètement vaccinés fin août – ils étaient 18,2 millions samedi.  

Après un début difficile, la campagne de vaccination française se passe bien : elle a même été ouverte aux adolescents le 15 juin, date initialement prévue pour l’éligibilité de tous les adultes, elle aussi avancée. Mais la France est encore loin d’une couverture de « 77% à 80% » de la population, seuil nécessaire pour la fameuse immunité collective, selon Samuel Alizon, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des maladies infectieuses, cité par France info.  

Or, de nombreuses Françaises et Français, sans être complètement opposés à la vaccination, restent réticents ou hésitants. Leur inquiétude est facilement favorisée par des idées reçues circulant sur les réseaux sociaux, dans les médias ou dans l’entourage. Tour d’horizon des idées reçues fréquemment relayées. 

« Les vaccins anti-Covid ont été développés trop rapidement, on n’a pas assez de données »

En février 2020, quatre mois après l’apparition de la maladie due au SARS-CoV-2, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait qu’il n’y aurait pas de vaccin contre la maladie disponible avant l’automne 2021. Six mois plus tard, l’OMS recensait 168 vaccins en cours de développement dans le monde, dont 28 au stade des effets cliniques ; six d’entre eux en étaient à la phase III, la plus avancée. Il est certain que le développement de ces vaccins a été bien plus rapide que ce à quoi nous sommes habitués.  

Pour autant, « ils n’ont pas été développés trop vite, insiste auprès de L’Express Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS et immunologiste à l’Institut Cochin. C’est le résultat appliqué au Covid-19 de dizaines d’années de recherches. Il y a un concours de circonstances : on a pu mettre en application des travaux sur lesquels des gens travaillaient depuis longtemps. »  

La virologue Mylène Ogliastro explique par exemple sur le site de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) : « Comprendre un virus, son mécanisme d’infection, ses interactions avec l’hôte et la réponse immunitaire est l’étape de recherche la plus longue (5-10 ans). Elle permet de déterminer la ou les protéines virales qui seront les meilleures candidates pour un vaccin. Dans le cas de la Covid 19, les études précédentes sur les coronavirus, et en particulier les épidémies de SARS-CoV en 2001-2002 et MERS-CoV en 2012, avaient permis d’acquérir ces connaissances. » Celles-ci ont donc permis de « gagner des années de recherche » dans le développement des vaccins.  

La rapidité de développement des vaccins contre le Covid-19 s’explique également par l’ampleur de la mobilisation internationale, favorisée par le fait que la maladie touchait tout le monde. « Beaucoup d’argent a été mis sur le développement des vaccins, dans le privé, en misant sur des travaux déjà bien avancés », constate Morgane Bomsel. Les premiers États à vacciner ont commencé dès décembre 2020. Certains, comme Israël, s’approchent à grand pas de l’immunité collective. « Avec ce recul, et ce que l’on peut observer dans ces pays [où la vaccination est avancée], nous disposons de données sur les effets et l’efficacité des vaccins », rappelle la chercheuse du CNRS.  

« Je suis jeune, je ne risque rien donc je n’ai pas besoin d’être vacciné »

« Quelle que soit la vaccination, on vaccine pour deux raisons : pour soi et pour les autres, répond Morgane Bomsel. Nous faisons partie d’une société, et il s’agit là de limiter la propagation du virus. Si on peut se balader sans masque, c’est bien parce que la circulation du virus a diminué ; et elle a diminué en partie car une grande part de la population a été vaccinée. »  

Quand bien même les personnes jeunes et sans comorbidités présentent moins de risques de développer des formes graves de la maladie, se vacciner leur permet de protéger les personnes plus à risque de leur entourage. Et ce, même si les vaccins contre le Covid-19 n’empêchent pas de transmettre le virus : « On est toutefois moins infecté que quand on est n’est pas vacciné », précise l’immunologiste.  

Par ailleurs, le risque zéro n’existe pas pour les gens plus jeunes, qui peuvent aussi développer des formes graves de la maladie. « La question à se poser par rapport aux jeunes est autre, estime Morgane Bomsel. Dans la situation actuelle, où une grande partie du monde n’a pas encore de vaccins, ne serait-il pas plus raisonnable de donner des sérums aux pays qui en ont besoin au lieu de vacciner les adolescents ?

« L’ARN messager est une nouvelle technique, ce n’est pas sûr »

Les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna, notamment, reposent sur l’ARN messager. « Classiquement, la vaccination repose sur l’administration d’un agent infectieux atténué ou inactivé ou bien sur celle de certaines de ses protéines. Avec les vaccins à ARN messager, l’idée est de laisser nos cellules fabriquer elles-mêmes le composant contre lequel notre organisme va apprendre à se défendre », explique l’Institut national de la santé et de la recherche médicale sur son site. 

C’est la première fois que des vaccins reposant sur ce concept sont homologués, et utilisés à aussi grande échelle. Mais la technique n’est pas nouvelle. Elle a été découverte dans les années 1960, comme le raconte l’Institut Pasteur. La technologie sur lesquels reposent les vaccins à ARN messager a, elle, été initiée et développée dès les années 1990, rappelle Mylène Ogliastro pour l’Inrae. De premiers vaccins ont été testés contre les virus Ebola et Zika, ou contre la grippe saisonnière.  

« Il est vrai qu’on n’a pas autant de recul que sur d’autres types de vaccin, concède Morgane Bomsel du CNRS. Mais l’ARN a l’avantage de ne pas être un vaccin réplicatif, qui reste dans l’organisme. Une fois qu’il a été utilisé, il se dégrade et est éliminé rapidement par le corps. En quelques jours, il est parti. » 

« La vaccination de masse favorise l’apparition de nouveaux variants »

Pour Daniel Floret, vaccinologue et vice-président du Comité technique des vaccinations interrogé par France info, « ce n’est pas la vaccination qui cause l’apparition des variants. Ce qui provoque l’apparition des variants, c’est la circulation intense du virus. » Les variants apparaissent notamment lorsqu’il y a une mutation du génome du virus, lorsque celui-ci infecte les cellules d’un organisme et « se trompe » en y copiant son code génétique. Or, les mutations sont favorisées par une forte circulation du virus. Les principaux variants connus, comme ceux dits « britannique », « brésilien » ou « indien », ont émergé dans des pays où la circulation du SARS-CoV-2 était très dense. « Tout ce qui est capable de réduire la circulation intense d’un virus est susceptible de réduire l’apparition des variants », rappelle Daniel Floret à France info. La vaccination aurait donc plutôt tendance à la limiter.  

Pour autant, « l’idée n’est pas absurde en soi, estime l’immunologue Morgane Bomsel. On pourrait dire : ‘dans la mesure où vous limitez la propagation du virus sensible à votre vaccin, vous favorisez l’apparition de virus qui, sans ça, n’auraient pas eu le temps de se propager’. Mais la réalité, depuis six mois, montre que ce n’est pas le cas. ». Pour l’immunologue, « le problème des variants n’est pas qu’il y ait des vaccins, mais que ceux-ci ne soient pas utilisés partout, et notamment là où le Covid se propage. » L’accès aux vaccins contre le Covid-19 reste en effet très inégal dans le monde : « Plus de 75 % de tous les vaccins ont été administrés dans seulement 10 pays », affirmait fin mai Tedros Adhanom Ghebreyesus, le chef de l’OMS. 

« Les vaccins à ARN modifient notre ADN »

« Ça, c’est impossible », réplique l’immunologiste Morgane Bomsel. « L’ARN n’interagit pas avec l’ADN. Mais il n’y a pas de possibilité d’intégration. » L’ARN messager ne peut pas rentrer dans le noyau de la cellule, qui héberge les chromosomes contenant notre ADN.  Sur le même sujet

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« Pour s’intégrer à notre ADN, il faudrait que cet ARN soit rétro-transcrit sous forme d’ADN [la transcription se fait normalement depuis l’ADN vers l’ARN, NDLR]. Il faudrait qu’il entre dans le noyau et qu’il s’intègre au génome, c’est un scénario catastrophe vraiment très, très peu probable », expliquait en décembre dernier au Monde Céline Lacroix, chercheuse au Laboratoire de biologie tissulaire et ingénierie thérapeutique.  

Source: http://www.lexpress.fr/