Les Etats-Unis franchissent la barre des 700 000 morts du Covid,un record mondial

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Longtemps en tête des campagnes de vaccination contre le Covid, le pays creuse l’écart du nombre de morts déclarés, devant le Brésil (597 000) et l’Inde (448 000). Et la vaccination ralentit trop pour redresser la situation.

Un sombre record. Selon le comptage de l’université américaine Johns-Hopkins, les Etats-Unis ont franchi vendredi le cap des 700 000 morts du Covid-19. Si on cherche une comparaison, c’est l’équivalent de la population de Washington, la capitale fédérale, qui a succombé au virus depuis décembre 2019.

A quelques encablures de la Maison Blanche, des centaines de milliers de petits drapeaux blancs rendent hommage à ces vies fauchées. Le bilan américain du coronavirus dépasse désormais celui de la grippe espagnole, en 1918 et 1919, qui avait fait 675 000 morts.

Devenir le pays le plus endeuillé par l’épidémie, loin devant le Brésil et l’Inde, est paradoxal alors que les Etats-Unis ont été l’un des premiers à lancer leur campagne de vaccination. Mais le démarrage en trombe se heurte à une réalité : on ne compte que 64 % de la population américaine, soit 215 millions de personnes, ayant reçu au moins une première dose de l’un des trois vaccins autorisés (Pfizer-BioNTech, Moderna et Johnson & Johnson).

La boucle est bouclée quand on sait, données scientifiques à l’appui, que les individus non vaccinés sont les premières victimes des récentes contaminations. Peu d’experts avaient anticipé ce nouveau cap, rappelle le New York Times, tant les Etats-Unis ont mené tambour battant leur campagne de vaccination, la plus vaste que le pays ait jamais connue.

Selon une étude réalisée par le journal, «les gens qui sont morts au cours des trois derniers mois étaient concentrés dans des Etats en retard de vaccination comme la Floride, le Mississippi, la Louisiane et l’Arkansas. Et ils étaient plus jeunes : en août, tous les groupes d’âge en dessous de 55 ans atteignaient leur pic de décès depuis le début de la pandémie».

Dès la mi-décembre 2020, avec Donald Trump toujours à la Maison Blanche, le pays enclenchait pourtant la première phase d’inoculation avec l’autorisation du vaccin Pfizer-BioNTech, dont les premières doses ont été réservées aux personnels soignants et aux résidents des maisons de retraite. Les mois suivants, la campagne continuait d’accélérer et à s’étendre à une large partie de la population.

Pari raté pour Biden

Des stars américaines, comme l’actrice Jane Fonda ou le cinéaste Spike Lee, n’hésitaient pas à se poser en ambassadeurs de l’immunisation. La vaccination allant bon train avec un pic d’injections quotidiennes en avril, parfois jusqu’à quatre millions de piqûres par jour, le président Biden avait fixé le cap de 70 % d’adultes vaccinés pour le jour de la fête nationale américaine, le 4 juillet. Pari raté : c’était sans compter les Américains les plus sceptiques face à la vaccination et à la dangerosité du Covid-19.

Car la maladie, le port du masque et la vaccination demeurent des enjeux politiques aux Etats-Unis. Et cela, depuis les premiers mois de la pandémie, lorsque Donald Trump n’avait eu de cesse de minimiser le Covid-19. Même après sa contamination en octobre 2020, en pleine campagne présidentielle, il avait retiré son masque dès sa sortie de l’hôpital. «N’ayez pas peur [du Covid], vous allez le battre», claironnait-il. En parallèle, Joe Biden faisait de la lutte contre le Covid et de la santé des Américains ses principaux thèmes de campagne.

Depuis l’arrivée de Biden à la Maison Blanche, le virus et les mesures pour faire stopper les contaminations continuent de diviser nombre d’Américains. Certains gouverneurs républicains, comme ceux du Texas ou de la Floride, ont même souhaité instaurer des interdictions d’obligation de port du masque dans leurs Etats, invoquant les libertés individuelles.A lire aussi

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Dans le Tennessee, comme dans d’autres zones rurales où déferle actuellement le Covid-19, la maladie et le refus du vaccin font des morts. «Ici, on se croirait dans une secte, confiait mi-septembre à Libération Scotty Garrett, retraité d’une PME d’outillage de Cookeville. Deux de mes cousins, âgés l’un de 40 ans, l’autre d’une petite cinquantaine, sont morts du virus cet été. Mais ma belle-sœur, gavée de Fox News, refuse toujours le vaccin.»

2 000 morts par jour

Cette situation, couplée à la contagiosité du variant delta, a contribué à l’explosion des contaminations cet été outre-Atlantique et aux retombées dramatiques constatées depuis septembre. Alors qu’au printemps, près de 220 personnes mouraient quotidiennement des suites de la maladie, aujourd’hui, 2 000 personnes, en moyenne, en meurent chaque jour.

Un nombre que le pays n’avait pas atteint depuis février, explique le New York Times. «Le variant delta fait des ravages parmi les non-vaccinés, a indiqué au journal américain l’historien de la médecine à l’université du Michigan, Howard Markel. Les décès alors que les vaccins sont largement disponibles sont absolument évitables.»

Désormais, malgré des débuts plus poussifs dans leurs campagnes de vaccination, plusieurs pays européens ont argement dépassé les Etats-Unis. En France, près de 75 % de la population a reçu au moins une première injection. Selon le New York Times, «Singapour, le Cambodge, la Chine, la Corée du Sud, la Malaisie, le Japon et la Mongolie ont surpassé les Etats-Unis en taux de vaccination, tandis que l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les Fiji arrivent presque à égalité».

Face à l’avancée du virus – 43 millions d’Américains ont déjà été contaminés –, l’Etat démocrate de Californie a annoncé vendredi qu’il comptait rendre la vaccination obligatoire pour ses six millions d’élèves s’ils souhaitent assister physiquement au cours, qu’ils étudient dans le public ou le privé. «Nos écoles exigent déjà des vaccins contre la rougeole, les oreillons et autres. Pourquoi ? Parce que les vaccins fonctionnent, a tweeté le gouverneur Gavin Newsom. C’est juste un vaccin de plus.»

Cette obligation vaccinale n’entrera toutefois en vigueur que l’année prochaine, en fonction des tranches d’âge pour lesquelles l’agence américaine des médicaments, la FDA, aura pleinement validé le vaccin. L’autorisation est pleine et entière pour les individus de plus de 16 ans, mais le vaccin n’est à ce stade autorisé pour les mineurs âgés de 12 à 15 ans qu’en vertu d’une procédure d’urgence liée à la pandémie. Les enfants plus jeunes n’y ont pas encore accès.

Source:http://liberation.fr